Je tiens à remercier
l'association Attac de La Ciotat pour le débat sur la Manipulation
du Langage, un très bon moment d’échange, qui m'a inspiré pour
cet article.
Nous connaissons
l'expression ''Langue de bois'', mais savons nous vraiment ce
que cela veut dire ? A quel point cela impacte nos vies au
quotidien, notre façon de penser, notre façon d'agir. ?
La ''Langue de bois''
est ce qui permet à un communicant d'amener le récepteur ou il veut
en lui donnant l'impression que la décision vient de lui. C'est le
langage préféré de la publicité.
Je vais vous présenter
quelques figures de styles, quelques mots détournés, quelques
déformations du langage. De la ''Langue de bois'', quoi !
Pour chacun, je vous
donnerai ''la baguette magique'', la question qui décadre,
pour un ''Parler précis''.
Ce ''Parler précis ''
avec l'autre, mais aussi avec nous, avec notre propre dialogue
intérieur.
C'est un jeu très amusant
mais qui doit être toujours utilisé avec bienveillance et ouverture
d'esprit.
I-
Les figures de style.
L'euphémisme :
Exprimer une dure réalité en l'adoucissant au maximum pour
minimiser son impact. Cela permet de cacher le coté déplaisant ou
négatif de cette réalité.
Ex :
''Les personnes de couleur sont remerciés plus facilement, et les
personnes à mobilités réduites risquent de nous quittés
prématurément''. = '' Les noirs sont virés plus facilement et
les handicapés – infirmes - risquent de mourir plus vite''.
Q.
(questionnement décadrant) : '' C'est quoi pour vous une
personne de couleur/ une personne à mobilité réduite ?''
Comment fait on pour remerciés facilement ?'' '' Comment savez
vous que les handicapés risquent de nous quitter prématurément ?''
'' N'existe t il pas d'handicapé centenaire ?''
La
litote : En dire moins pour en laisser
entendre davantage.Cela éveille chez le récepteur un sens plus fort
que les mots même.
Ex :
''J'aimerai pouvoir vous dire que les embauches repartent à la
hausse'' = ''Je constate que le chômage perdure''.
''
Les demandeurs d'emploi bénéficient de mesures de réinsertion '' =
'' les chômeurs peuvent être réintégrer''.
Q. :
'' Qu'est ce qui vous empêche de me dire que les embauches repartent
à la hausse ? '' ''Comment constatez vous que le chômage
perdure ?'' ''De quoi les demandeurs d'emploi se sont ils
''de-insérés'' ? Ne peut on pas être un demandeur d'emploi
inséré ? ''
L'hyperbole :
Exagérer une réalité en la durcissant afin de mettre le relief sur
l'aspect négatif. C'est la principale figure de la caricature, de
l'ironie, du mépris.
Ex :
'' Les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien '' = '' Les
gens qui réussissent et ceux qui échouent.''-
Q. :
'' C'est qui ''les gens'' ?'' C'est comment ''être rien'' ?
'' '' Comment fait on pour n’être '' rien'' ? ''
L'oxymore :
Consiste à mettre ensemble 2 mots qui ont des sens contraires. Cela
permet de brouiller l'esprit du récepteur.
Ex :
''Mieux vaut une croissance négative que pas de croissance du tout''
= '' Mieux vaut une décroissance qu'une stagnation''.
Q. :
'' C'est comment une ''croissance négative'' ? '' ''Est ce que
si c’était ''une croissance positive'' ce serait '' pas de
croissance du tout'' ? ''
Le
pléonasme :
Rajouter à une idée de mots inutiles qui ont le même sens ou sont
des synonymes.
Ex :
''Les populations civiles doivent pratiquer le tri sélectif des
déchets '' = '' La population ou/ les civils doivent pratiquer le
tri des déchets''.
Q. :
'' C'est comment '' un tri '' qui n'est pas sélectif ?'' ''
Est ce qu'il existe d'autres populations que ''civiles'' ? ''
La
palissade : Affirmer une évidence
Ex :
'' 100% des gagnants ont tenté leur chance'' .
Q. :
'' Est ce qu'il arrive que des gagnants n'aient pas tenté leur
chance ?''
Pour finir ce passage sur
les figures de styles, il y a aussi
les sigles.
Ils déshumanisent ce
qu'ils représentent.
Il est moins douloureux
pour notre cerveau d'entendre SDF, cela ne fait pas naître d'image.
Par contre, le mot
''Clochard'' éveillera une image mentale liée à notre propre
expérience.
Ces
sigles permettent de dépersonnaliser une situation
ou un concept négatif.
Et enfin, les
anglicismes, de plus en plus présents, renvoient
au récepteur une image d'expert , de pro, moderne et jeune, comme
brainstorming ( réunion), meeting ( regroupement), feed-back (
retour d’expérience), team building ( cohésion/ renforcement
d’équipes).
Ex :
'' Avec mon think-tank, on va booké un brainstorming pour le boot up
du meeting '' = '' Avec mon groupe de réflexion, on va planifier une
séance de réflexion pour le démarrage de la réunion''.
Pour eux, n’hésitez pas
à demander la traduction à votre interlocuteur !
Vous risquez de passer un
bon moment.
Cette
''Novlangue''
ou '' New language''
donne l'impression de jeunesse, de dynamisme, et tend à
faire ressentir au récepteur sont statut de '' has been'' ( dépassé,
vieux jeu).
(Novlangue :
'' Le
principe est
que plus l'on diminue le nombre de mots d'une langue,
plus on diminue le nombre de concepts avec
lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses
du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils
raisonnent à l'affect.
La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et
dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par
les médias
de masse tels
que la télévision,
la radio,
les journaux,
les magazines,
etc....
C'est
donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée
à rendre impossible l'expression des idées
potentiellement subversives et
à éviter toute formulation de critique de l’État,
l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée »
même de cette critique.'' ( source Wikipédia))
II-
Les déformations de langage : les omissions, les
généralisations, les distorsions, l'origine perdue, et les
opérateurs modaux.
Les
omissions
sont des mots qui ne sont pas prononcés. Si ils l’étaient, ils
feraient prendre conscience de l’exagération ou risqueraient de
choquer, blesser le récepteur. Ils permettent des sous entendus qui
laissent le récepteur à sa propre interprétation et dégagent
l’émetteur de sa responsabilité. ( Ces gens – on m'a dit )
Ex :
''On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux" - '' "Les
gens qui ne sont rien"
Q. :
'' C'est qui '' on '' ? '' - '' Quels gens ? ''
Les
généralisations
permettent
de faire d'un fait ou d’un élément unique, une généralisation
qui ancre des croyances. Le fait de désamorcer cette généralisation
permet de prendre du recul pour voir qu'il existe effectivement
d'autres alternatives. ( Tout le monde – tout le temps)
Ex :
''Je ne céderai rien "ni aux fainéants, ni aux cyniques"
- '' Le libéralisme est une valeur de gauche''
Q. :
'' Vous ne céderez '' rien'' ? Vraiment ''rien''? '' - '' ''Le
libéralisme une valeur de gauche'' ? Vraiment ''de gauche ''?
Les
distorsions
sont crées par les chemins que prennent nos pensées et elles
déforment la réalité en ne laissant pas d'autres alternatives.
Elles confortent nos croyances et influent sur les croyances du
récepteur.( Je sais ce que tu vas me répondre – il me casse les
pieds – Elle n'est jamais contente, elle ne sourit jamais)
Ex :
'' Le chômage de masse en France, c'est parce que les travailleurs
sont trop protégés.''
Q. :
'' Si les travailleurs n’étaient pas protégés, il n'y aurait pas
de chômage ? '' '' Si le chômage de masse en France était du
à autre chose , ce serait quoi ? '' - '' Comment savez vous que
le chômage de masse est la conséquence de la protection des
travailleurs ? ''
L'origine
perdue
valide des croyances. Elle conforte ce que nous pensons sans même
que nous nous souvenions de qui émane l’idée de départ. Souvent
des lieux communs. ( C'est comme ça – C'est pas bien)
Ex :
'' Des Gaulois réfractaires au changement ''
Q.:
'' D’après qui ? Qui a dit cela ?''- '' Comment savez
vous ? ''-'' Ne connaissez vous pas un Gaulois qui ait
changé ?''-'' Ne connaissez vous pas un Gaulois docile,
obéissant ?''
Les
opérateurs modaux ce
sont de mots qui réduisent ( pouvoir, devoir, falloir, capable...),
qui limitent le champs de la réflexion et de la pensée. ( Il faut –
je dois – Je ne suis pas capable...)
Ex :
''Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir
milliardaires'' - '' Le bus pourra bénéficier aux pauvres''
Q. :
'' Que se passerait - il si, aucun jeune Français, n'avait envie de
devenir milliardaire ? '' -
''
Qu'est ce qui fera que le bus bénéficiera aux pauvres ? ''
En
conclusion, il est important de prêter un oreille attentive au
propos de l’émetteur et de ne pas tenir pour acquis la définition
des mots qu'il emploi.
Un
mot peut signifier quelque chose pour une personne, et autre chose
pour une autre.
C'est
pareil concernant les idées développées. Il est nécessaire
d'amener votre interlocuteur à préciser sa pensée, ses propos.
La
reformulation avec les propres mots de l’émetteur a aussi une
importance cruciale, car elle permet de renvoyer à l’autre son
propre vocabulaire. En entendant ses propres mots, cela peut l'amener
à prendre pleinement conscience du message qu'il transmet ou veut
transmettre.
Ces
techniques permettent d’accéder au '' Parler précis '' et
à une meilleure compréhension de l'autre et de soi-même.
Il
vous permettra de déjouer les pièges des communications biaisées
ou des messages truqués.
Il
sera aussi un atout dans votre communication pour accompagner l'autre
et lui permettre de s’éloigner de la pensée unique et de
retrouver ainsi le chemin vers le libre arbitre, la libre pensée.
Il
n'y a pas une réalité mais des réalités. Chaque personne a sa
propre vision, son propre prisme. Une communication saine et précise
permet de rentrer dans la réalité de l'autre mais aussi d’élargir
sa propre réalité.
Sabine DUMAS
Praticienne PNL-EFT-Hypnose
La Ciotat
06 15 21 50 24
sadecrit@gmail.com
Sabine DUMAS
Praticienne PNL-EFT-Hypnose
La Ciotat
06 15 21 50 24
sadecrit@gmail.com
